REVIEW · 2020-03-06
Murder by Numbers
Lecture des avis Steam d'un hybride picross et enquête criminelle, et la question : qui déduit vraiment ?
Premières impressions
Los Angeles, 1996. Honor Mizrahi, actrice tout juste renvoyée d'une série policière, se retrouve mêlée à un meurtre après la mort soudaine de son patron et fait équipe avec SCOUT, un robot de reconnaissance mis au rebut, pour se disculper. Voilà Murder by Numbers, développé par Mediatonic et édité par The Irregular Corporation le 6 mars 2020, où toute la recherche d'indices passe par des picross (nonogrammes). J'écris ceci après avoir lu les avis Steam au 2026-07-11 : « Très positif », 85 % de 1 142 avis.
Alignez les avis positifs les plus utiles et les mots se ressemblent : charmant, superbes illustrations, bande-son formidable, et sans cesse « Phoenix Wright plus picross ». La musique est signée Masakazu Sugimori (Ace Attorney, Ghost Trick) et les personnages Hato Moa (Hatoful Boyfriend) ; la plupart des recommandations placent ces deux noms au centre. L'éloge le plus concis tient en une formule : « Vous aimez le picross ? Les visual novels ? Achetez. »
Mais l'avis le plus soutenu n'est pas un éloge : c'est une remarque structurelle. Si vous voulez un roman à la Ace Attorney, il y a trop de puzzles qui cassent le rythme ; si vous voulez du picross pur, il y a trop d'intrigue et de corvées entre les grilles. Manque de finition, pas de véritable initiative, puzzles ratables — les avis nuancés et négatifs tournent tous autour de ce point. Je lis ce clivage comme une question de portée du design, non comme un conflit.
Los Angeles, 1996 : Honor et SCOUT (capture Steam)
Mettre les mécaniques en mots
La boucle décrite par les avis : scruter une pièce à la recherche d'un détail, résoudre une grille de picross, et l'image d'un indice apparaît ; présenter cet indice à un témoin en dialogue, puis avancer. Les verbes sont rares — remplir une case, marquer un vide, choisir un indice. En vocabulaire Puzzlebyrinth : une grammaire de picross autosuffisante, greffée sur un cadre d'enquête.
Ici beaucoup nomment le même malaise : « on ne résout jamais rien soi-même ». La logique de la grille est pure, mais la logique de l'affaire est comblée par les bonds de l'héroïne. Le puzzle de coloriage et le puzzle policier sont découplés. Contrairement à Return of the Obra Dinn ou The Case of the Golden Idol, où l'on augmente sa propre résolution d'observation pour cerner la vérité, ici c'est la grille qui pense, pas l'affaire.
La grammaire de saisie a ses propres reproches : on dérape facilement dans une rangée voisine en glissant et l'on gâche la grille, impossible de tout effacer, pas de journal de dialogues — des frictions qui reviennent des premiers avis aux plus récents. Le picross lui-même est jugé « top niveau », ce qui rend ces oublis d'autant plus regrettables. Soustraction nette des verbes, minée par une couche de contrôle inachevée.
Une grille de picross qui révèle l'indice suivant (capture Steam)
La texture du récit
Quand les avis positifs parlent de l'histoire, le duo est toujours au centre : l'actrice renvoyée et le robot amnésique SCOUT. Comédie et drame à parts égales, des studios de télé aux clubs de drag en passant par les remises de prix, dans le Los Angeles de 1996. Les portraits de Hato Moa et la partition enlevée de Sugimori font ressortir le même mot : touchant.
Le versant négatif interroge la charpente : pour fabriquer du drame, les personnages agissent bêtement ; l'héroïne accuse sans preuve puis se dédit — du remplissage pour allonger chaque affaire. C'est un roman cinétique sans choix qui comptent ; rien de ce que vous décidez ne change la fin. Le charme des personnages porte le jeu plus que la cohérence de l'énigme.
Fait révélateur, la fiche boutique dit « interrogez les témoins avec les indices, remontez à la vérité » — comme si vous déduisiez. Les avis, eux, disent plutôt « on vous porte jusqu'à la vérité ». J'y vois non une tromperie mais une déclaration de public : idéal pour qui veut un roman chaleureux ponctué de picross, inadapté pour qui veut bâtir lui-même la déduction.
Les personnages, signés Hato Moa (capture Steam)
La texture de la difficulté
Sur le picross, éloge et reproche rapportent le même fait avec des signes opposés. Les grilles dépassent rarement 15×15 ; les derniers chapitres relèvent le défi en fragmentant les indices chiffrés plutôt qu'en agrandissant la grille. Les vétérans la trouvent petite et sans ambition ; les néophytes disent les dernières plus dures que prévu, résolues après une pause. Un même design, lu comme un plafond bas ou comme une montée douce.
L'exception : le puzzle « piratage » chronométré de chaque chapitre — de petites grilles 5×5 contre la montre, ni pause ni saut possible. Les demandes de tolérance sur le temps de réaction ou d'options d'accessibilité courent sans interruption de la sortie 2020 aux avis récents de 2022. Une porte de réflexes coincée dans un jeu par ailleurs voué à la logique.
Disséquée, la difficulté a trois couches : la difficulté logique, douce et volontairement plafonnée ; la friction de saisie, dérapages et absence d'effacement ; et la porte de réflexes, le piratage chronométré. Seule la première se savoure comme de la pensée ; les deux autres sont une texture laissée brute. Ajoutez des puzzles ratables qui bloquent le 100 %, et les complétistes portent une tension inutile.
Les grilles deviennent plus retorses, pas plus grandes (capture Steam)
Sources consultées
Cet article a été écrit en lisant les avis d'utilisateurs de la page Steam au 2026-07-11. Aucun avis n'est cité mot pour mot ; les propos typiques sont reconstitués.
- Steam : Murder by Numbers (Très positif, 85 % de 1 142 ; toutes langues confondues, 1 407 avis positifs sur 1 675)
- Lu via WebFetch : les avis positifs et négatifs les plus utiles (All Time), plusieurs avis récents, et des captures partagées par la communauté
- Presse : Metacritic 79 ; points clés d'Eurogamer, God is a Geek (9/10), Nintendo Times et d'autres
Conclusion
À travers les avis, une image se dégage : un hybride qui a choisi la chaleur plutôt que la rigueur déductive. Picross et enquête avancent en parallèle plus qu'ils ne s'imbriquent. La logique du coloriage est serrée tandis que celle de l'affaire progresse hors des mains du joueur. Le clivage n'est, au fond, que deux vues de cette même structure.
Steam culmine à 85 % de 1 142. Du point de vue du design, j'arrive à 7,5. L'écart est net : plein points pour la finition des illustrations, de la musique et du drame de personnages, mais sur la question qui pèse le plus ici — qui pense ? — le jeu répond « la grille », pas « l'affaire ». Que la presse (Metacritic 79) soit un cran plus enthousiaste que les joueurs se comprend aussi : elle mesure la nouveauté de la fusion, eux la friction quotidienne.
Le public est donc clair. Si vous aimez le picross et voulez l'ambiance Ace Attorney sur fond de club de drag des années 90, difficile de trouver meilleur compagnon. Si vous voulez assembler la vérité par votre propre observation, allez plutôt vers des jeux où la logique tient le premier rôle, comme Return of the Obra Dinn ou Hexcells Infinite. Pour l'un comme pour l'autre, la forme du clivage dit le mieux ce que ce jeu a choisi d'être.
Où picross et mystère avancent en parallèle (capture Steam)
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次に読む
歩くことと推理すること — Gone Home から Return of the Obra Dinn への境界線
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