ESSAY · 2026-07-14
Si vous avez regardé la solution, l'avez-vous vraiment résolue ?
Porter ce sentiment de culpabilité devant Ryle et Platon
Ce sentiment de culpabilité à l'instant où l'on voit la réponse
Tard dans la nuit, j'étais bloqué sur un casse-tête depuis près d'une heure. J'avais l'impression qu'il ne manquait qu'un pas, mais le plateau ne bougeait pas. Une gorgée de whisky. Sur un coup de tête, j'ai ouvert une soluce. J'ai eu la réponse en trois secondes. « Ah, bien sûr », ma main a bougé, et l'écran de victoire est apparu. …Et pourtant, aucune sensation de victoire. Impossible d'écrire « résolu » dans mon carnet de plans. Qu'est-ce que cette culpabilité ? Si l'on regarde la soluce, peut-on dire qu'on a « résolu » ? Ce soir, je convoque deux philosophes aux réponses différentes.
Ryle — « savoir que » et « savoir comment » sont deux choses
Dans La Notion d'esprit, Gilbert Ryle a scindé le savoir en deux espèces : « savoir que » et « savoir comment ». Réciter ses tables de multiplication, ou savoir faire du vélo. Le premier est la possession d'un fait, le second l'exercice d'une compétence, et les deux, dit Ryle, diffèrent en nature (le deuxième chapitre de l'édition japonaise s'intitule précisément « Savoir comment et savoir que »).
Appliquez cette ligne : ce que la soluce vous tend n'est que le fait — « la réponse, c'est ça » (le que). Résoudre un casse-tête, en revanche, réside dans la compétence (le comment) qui consiste à faire travailler son esprit devant le plateau et à trouver soi-même le chemin. Lire la réponse n'accroît donc votre compétence de résolution d'aucun millimètre. Ryle dirait, sans hésiter : « Vous n'avez pas résolu. Vous avez seulement appris la réponse. »
Platon — une « opinion vraie » n'est pas encore un savoir
Dans le Ménon, Platon trace la ligne un peu autrement. Il distingue l'« opinion vraie » (orthê doxa) du « savoir » (épistémê). Détenir la bonne réponse n'est rien de plus qu'une opinion vraie. Comme guide de l'action, elle est tout aussi utile que le savoir — mais tant qu'on ne l'a pas « attachée par le raisonnement sur la cause », elle s'échappe et file, comme le dit Socrate dans le dialogue.
La réponse tirée d'une soluce est exactement cette « opinion vraie qui s'échappe ». D'où me revient The Witness (développé par Thekla, Inc., 2016). Consultez une soluce et vous pouvez tracer la ligne. Mais si vous n'avez pas saisi vous-même la grammaire des panneaux — le « pourquoi cette ligne » — vous bloquerez pareillement au plateau suivant. À l'inverse : si, après avoir vu la réponse, vous pouvez retracer dans votre tête le « pourquoi c'est juste », c'est l'instant où l'opinion devient savoir. Platon ajouterait peut-être : la question n'est pas tant d'avoir regardé, mais d'avoir attaché ensuite.
À emporter — un indice n'est pas une trahison s'il boucle la boucle
Ce que le concepteur retient tient en une ligne. Ne laissez pas une fonction d'indice s'arrêter à « montrer la réponse » ; concevez-la pour montrer aussi « pourquoi ça marche », afin que le joueur boucle la boucle. Ne donner que la réponse, c'est imposer une opinion ; donner aussi la raison, c'est bâtir un pont vers le savoir. Ce léger côté cheap d'un indice qui n'est qu'un solveur mis à nu : c'est sans doute pour cela.
Quant à moi, je penche très légèrement pour Platon. Si, même après un indice, vous pouvez retracer vous-même le pourquoi, vous pouvez dire que vous avez « résolu ». Et pourtant — cette sensation de « l'instant où l'on a saisi par ses propres forces » (le comment de Ryle) est ce que je vends vraiment dans un casse-tête. Aussi je préfère qu'un indice offre non la réponse, mais la raison du prochain coup.
Je veux vous demander : ce jeu que vous avez fini en regardant la soluce, compte-t-il comme « résolu » ? La défaite est-elle scellée à l'instant où l'on voit la réponse ? Ou est-ce sauf tant qu'on comprend la raison après coup ? Dites-le en commentaire. Prochain éclat de la rubrique : « Dans un monde où l'Undo permet de recommencer, le choix a-t-il encore un sens ? » Là encore, deux philosophes arrivent avec des réponses différentes.
Références : Platon, Ménon (trad. Norio Fujisawa, Iwanami Bunko) / Gilbert Ryle, La Notion d'esprit (trad. jap. Hyakudai Sakamoto et al., Misuzu Shobo).
Platon, Ménon (trad. Norio Fujisawa, Iwanami Bunko)
Gilbert Ryle, La Notion d'esprit (trad. jap. Hyakudai Sakamoto et al., Misuzu Shobo)Les couvertures sont des liens affiliés Amazon. En tant que Partenaire Amazon, Puzzlebyrinth réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
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